Elles posent des questions bizarres les filles de l'usine, elles vous regardent d'un air sérieux, "Tu préfères bosser avec la 3/2, la 4/4 ou la 1/2 Moyenne ?" comme si leur vie en dépendait. Elles sont jolies pourtant, elles ont les mains délicates et désséchées dont les ongles longs et vernis pour les plus coquettes accueillent toute une foule de crasse. Gloire aux chaînes trop rapides grâce auxquelles tout coup de pattes est le bienvenu ! Mes collègues sont des personnes intelligentes, elles sont des êtres d'exception pour qui la scie et la raie forment un harmonieux et mignon petit couple de lesbiennes. Elles sont futées mes collègues, elles vous regardent de travers quand vous faîtes une bêtise et vous sourient quand elles ont besoin d'être remplacées. Elles vous traitent de cinglées pour un rire trop sonore, une joie de vivre trop prononcée, elles ont raté leur vie et oublient parfois que j'ai tout le temps de réussir la mienne. Elles sont mariées, changent les couches de leurs progénitures dont on connaît en détails les 4 ans de vie et trient des carottes pour payer leur loyer. Et elles rentrent chaque soir dans le château de la princesse qui traîne la même fatigue de fille blasée pour finalement vivre leur conte de fée. Elles vivent dans le bruit, mes princesses, entre les cancans au fumoir aux heures de pointe et les grognements assourdissants des monstres de l'industrie qui laissent peu de place aux rêves. "Soyez BAB. Bouchon Anti Bruit." Connasse, ils tiennent pas tes boules-caisse. Elles ponctuent leurs phrases de "Bordel !" de "Nom de dieu" et autres métaphores. Elles sont éfficaces les filles de l'usine, elles rangent des boîtes de conserve, rangent des boîtes de conserve, rangent des boîtes de conserve...

