La première larme est toujours la plus douloureuse, elle vous creuse les yeux et vous brûle les joues. J'avais oublié à quel point il est difficile de poser des mots sur une souffrance ineffable avec mes sanglots en bruit de fond. Cette nuit-là c'est la photo jaunie par le temps planquée dans un album photo, c'est l'histoire d'un écrivain mort, c'est un château en ruine; on se souvient vaguement de son existence, on sait qu'il y a eu, qu'il était et qu'il fût mais on en a oublié les couleurs, les contours et la voix parce que l'angoisse d'un mort n'est pas celle d'un vivant, parce que le mort même ne vit plus, parce que l'existence n'est pas l'affaire du passé. De ces douleurs opprensantes il n'y a rien à dire, il y a juste à en contempler les dégâts, du coeur en sanglots aux rires désaccordés. Il ne me reste qu'un vague souvenir de mon bonheur passé et j'ai peur de ne voir ce sourire que sur les photos.
Il est le bourreau de mon insouscience, de ma naïveté. Il me regarde de haut, le sourire en coin là où je baisse les yeux sur mon agonie.
Il est le bourreau de mon insouscience, de ma naïveté. Il me regarde de haut, le sourire en coin là où je baisse les yeux sur mon agonie.